Speech
The French Institute of International Relations 21 April 2008
Cecilia Malmström, Minister for EU Affairs
Speech at The French Institute of International Relations
Mesdames et Messieurs, c'est un grand honneur de vous adresser ici ce soir.
« Plus jamais de guerre entre les États européens »,
voilà ce en quoi se caractérisait le projet de coopération européenne.
Cette coopération s'est montrée être la solution du XXe la plus efficace qui soit en matière de politique de sécurité. Paix et bien être dominent aujourd'hui un continent autrefois dévasté par la guerre. L'Europe n'a jamais été aussi libre, aussi sûre, aussi ouverte qu'elle ne l'est aujourd'hui. Ayant conscience que ce n'est qu'ensemble que nous pourrons gérer les défis qui nous attendent, toujours plus nombreux sont les pays à vouloir participer à la coopération européenne.
L'idée européenne à proprement parler, celle d'une interdépendance, est aujourd'hui plus pertinente que jamais. Nos économies sont entremêlées par des multinationales fonctionnant suivant le principe de la fourniture « just in time ». Pour être efficaces, les entreprises disposent de stocks limités. Il suffit d'une perturbation dans le trafic maritime en mer Baltique pour que, une semaine après, il n'y ait plus de papier journal à Paris et à Londres. Il en va de même de notre sécurité.
La Suède soutient la poursuite d'une évolution, au sein de l'Union, vers une coopération accrue en matière de politique étrangère et de sécurité. Cette coopération, qui s'est développée au cours des dernières années, est bien sûr le résultat de notre interdépendance accrue.
Le concept de politique de sécurité s'est tout naturellement élargi pour englober aujourd'hui de multiples dimensions, de la traditionnelle puissance militaire à une politique offensive en faveur du climat et de l'environnement. Notre politique de sécurité, ce sont bien sûr les tubes de canon de nos chars d'assaut, mais également leurs tuyaux d'échappement !
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Le nouveau Traité de Lisbonne ouvre la voie à une démarche plus efficace et mieux coordonnée en matière de politique étrangère et de sécurité. Comparé au[s] Traité[s] antérieur[s], on pourra mentionner, au nombre des différences les plus notables, la mise en place d'un « service commun pour les affaires étrangères ». Autre transformation notable : la création d'un poste de chef de ce service, à savoir d'une sorte de Ministre des affaires étrangères de l'Union.
Le Traité permet donc de franchir une nouvelle étape dans le processus de transformation de l'Union en un acteur global efficace, en mesure de recourir à tout l'éventail des instruments à sa disposition pour contribuer au développement, à la paix et à la sécurité. On peut par ailleurs considérer que les pratiques développées au cours des dernières années ont été insérées dans le Traité. Le nouveau Traité entrant en vigueur en 2009, la Suède aura donc, durant sa Présidence du l'Union européenne du deuxième semestre 2009, un rôle important à jouer dans la mise en place de ces transformations.
À terme, je suis en mesure d'imaginer l'existence d'une administration européenne des affaires étrangères. Nos diplomates pourraient, dans les pays n'appartenant pas à l'Union, être colocalisés dans des ambassades communes. La capacité consulaire de réaction en cas d'urgence pourrait ainsi en être améliorée. Le nombre de pays dans lesquels nous pourrions être représentés s'accroîtrait en même temps que les capacités communes sur place s'amélioreraient puisque nous pourrions nous prêter mutuellement assistance. Cette colocalisation pourrait contribuer à un renforcement concret de la coopération européenne dans la mesure où diplomates et fonctionnaires gouvernementaux deviendraient temporairement collègues dans des missions diplomatiques communes à l'étranger.
Le Traité de Lisbonne contient également une clause de solidarité selon laquelle un État membre peut, s'il est victime d'une attaque terroriste ou d'une catastrophe, demander l'aide des autres États membres. L'article 42 stipule par ailleurs que si un État membre est l'objet d'une attaque armée, les autres sont tenus de lui venir en aide. Cette aide peut, compte tenu des traditions de chaque pays en matière de politique de sécurité, prendre différentes formes.
Tout comme la paix et la stabilité au sein de l'Union profitent de l'interdépendance, la paix et la stabilité entre l'Union et ses voisins profitent d'échanges politiques et économiques accrues. L'Union exerce une grande force d'attraction sur ses voisins. Une force d'attraction que le chercheur britannique Mark Leonard, spécialiste de politique étrangère, qualifie de « puissance douce ».
Cette force n'est rarement aussi évidente, n'a rarement été autant couronnée de succès que lorsqu'il s'agit de la politique liée à l'élargissement. Considérant une adhésion ou un partenariat comme un objectif tentant, les pays voisins de l'Union sont prêts à répondre aux exigences de reforme posées par l'Union pour évoluer vers des États de droit, des démocraties et des économies de marché efficaces. Ceci débouche, par voie de conséquence, sur une stabilité politique et une croissance économique accrues chez nos pays voisins. L'élargissement s'est avérée être l'instrument sans conteste le plus puissant de l'Union pour promouvoir la sécurité et la stabilité de nos pays voisins et, par voie de conséquence, de l'ensemble du continent européen. C'est ce qui explique que la Suède désire clairement manifester sa volonté de poursuivre l'élargissement de l'Union.
L'Union s'est par ailleurs dotée d'une politique de voisinage vis à vis des pays tiers situés à proximité immédiate de l'Union. Cette politique porte à la fois sur l'aide au développement ainsi que sur la facilitation du commerce et des contacts entre l'Union et les pays tiers voisins. Cette politique européenne de voisinage souffre cependant de multiples carences. Elle a besoin d'être précisée, développée et renforcée pour pouvoir constituer une alternative séduisante à l'adhésion. Nous devons donc porter nos efforts sur notamment le travail politique, la coopération économique, les échanges culturels et une libéralisation de la politique des visas. Notre politique de voisinage doit enfin être adaptée au cas par cas.
D'autres domaines d'action importants contribuent cependant à la « puissance douce » de l'Europe. Je pense notamment à la politique commerciale, à l'aide au développement, à la politique environnementale et à l'action en faveur des droits de l'homme. Si ces domaines jouent dès à présent un rôle notable dans la coopération européenne, je suis convaincue qu'il est possible de les renforcer davantage encore pour réduire les sources de conflit.
Les injustices sont source de conflits. Rien ne favorise plus la sécurité dans le monde que le passage de la dictature à la démocratie. Les membres de l'Union européenne possèdent une bonne expérience de ce qui est nécessaire pour aider un pays à passer de la dictature à la démocratie.
J'ai passé sept en dans le parlement Européen. En tant qu'eurodéputée, j'étais assise à côté du Polonais Bronislaw Geremek, symbole de la lutte contre le totalitarisme, et du Catalan Carles Gasoliba. Bien que venant de différentes parties de l'Europe, tous deux ont purgé des peines de prison pour leurs opinions - l'un dans l'Espagne franquiste, l'autre dans la Pologne communiste. Le fait de penser à ces deux hommes qui savent comment le monde peut, le plus adroitement possible, apporter son soutien à la lutte de dissidents, m'amène à espérer nous voir mieux à même d'utiliser ces expériences pour le soutien à long terme de l'Union en faveur de la transition et de la démocratie.
L'idée selon laquelle les démocraties ne se font pas la guerre entre elles - la paix démocratique - est sans doute la théorie des sciences sociales empiriquement la mieux étayée. Démocratie et droits de l'homme doivent prendre une place plus large dans la politique d'aide au développement.
La dégradation de l'environnement, la sécheresse, les inondations ainsi que la lutte pour l'eau sont des sources de conflit. Aucun pays ne peut gérer individuellement les menaces climatiques et environnementales. Celles ci exigent des efforts communs. La Suède entend, durant sa Présidence de l'Union européenne du second semestre 2009, attacher une très grande priorité aux questions climatiques.
Au cours de l'année passée, la mer Baltique s'est retrouvée au cSur des politiques suédoise et européenne. Ce que je salue chaleureusement. Depuis l'élargissement de 2004, la mer Baltique est devenue une sorte de mer intérieure européenne. Huit des neuf États riverains sont membres de l'Union européenne. À l'initiative de la Suède, le Conseil européen de décembre dernier a invité la Commission à présenter, d'ici juin prochain, une stratégie européenne pour la mer Baltique. L'adoption d'une stratégie pour la mer Baltique constituera une priorité pour la Suède durant sa Présidence de l'Union européenne du second semestre 2009.
La pauvreté est une source évidente de conflits. Lutter contre la pauvreté, à savoir créer les conditions d'un développement économique, donner aux êtres humains une possibilité accrue de faire leurs choix propres et de pouvoir agir sur leur avenir, contribue au renforcement du développement et de la sécurité.
Premier pourvoyeur mondial d'aide au développement, l'Union européenne a les moyens d'apporter son soutien à l'évolution positive d'autres pays. L'aide apportée par les États membres et les institutions européennes nécessite une meilleure coordination et une répartition des tâches, un processus en plein essor au sein de l'Union.
Le libre-échange a engendré croissance et bien être dans nos pays. Le commerce est également le terreau de liens, de connaissances, d'investissements et de coopération politique. L'ambition de la Suède est de faire de l'Union l'économie la plus ouverte du monde.
Débouchant sur une compétitivité accrue pour ceux qui osent y faire appel, il importe que le terme de « libre échange » soit ressenti comme éminemment positif en Europe. Les pays de l'Union formant ensemble le bloc commercial le plus important du monde, les prises de position européennes ont en conséquence une influence décisive dans toute négociation commerciale. J'estime que cette influence doit aujourd'hui être utilisée pour un accroissement de la libéralisation du commerce.
Les croissances chinoise, indienne, brésilienne et indonésienne ont davantage contribué à la croissance mondiale cumulée que l'ont fait celles des pays occidentaux. Aujourd'hui déjà, le nombre des utilisateurs d'Internet est plus élevé en Chine qu'aux États Unis. Ceci est, dans beaucoup de pays européens, présenté comme une menace. J'estime pour ma part qu'il s'agit d'une chance! Des centaines de millions d'êtres humains ont laissé la pauvreté derrière eux et achètent aujourd'hui produits alimentaires et services de téléphonie mobile. Cela fait progresser notre bien être. La globalisation exige cependant que nous réalisions les réformes structurelles nécessaires pour pouvoir être concurrentiels. La mise en Suvre de la stratégie de Lisbonne tout comme la dérégulation de la politique agricole commune sont ici extrêmement importantes.
Le lien transatlantique n'a cessé d'être important pour l'Europe. L'arrivée d'une nouvelle administration américaine devrait donner la possibilité de le relancer avec une énergie redoublée. La paralysie de la politique étrangère que la guerre en Irak a induite pourrait être résolue. la prochaine administration Américaine sera aussi sans doute plus multilateraliste que celle d'aujourd'hui.
Les soi-disant élections présidentielles ayant eu lieu en Russie vont, après des résultats sans surprise, permettre à Dimitri Medvedev de succéder, le 8 mai, à Vladimir Poutine à la présidence du pays. Il importe que l'Union ne cesse de transmettre à la Russie des messages aussi cohérents que possible. Il est possible que l'Union ait aujourd'hui davantage de moyens pour élaborer une politique plus cohérente à l'égard de la Russie.
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Aujourd'hui, l'Union développe toujours plus ses capacités de contribution à la paix et à la sécurité internationales. Ce à quoi elle parvient par un rapide développement de ses capacités militaires et civiles de gestion de crise. Voilà cinq ans déjà que des femmes et des hommes en uniforme étaient, pour la première fois, envoyés au nom de l'Union. Cela se passait en janvier 2003, date à laquelle était mise en place la Mission de police en Bosnie Herzégovine (MPUE). Plus tard dans l'année, l'Union menait à bien sa première opération militaire indépendante en dehors de l'Europe, l'opération Artémis, dont la mission était d'enrayer la catastrophe humanitaire s'apprêtant à frapper l'Est du Congo. Depuis, l'Union a pris l'initiative d'une vingtaine d'actions civiles et militaires de gestion de crise. Quelle extraordinaire évolution !
La situation du Kosovo constitue un défi d'importance pour la communauté internationale. L'Union y a un rôle crucial à jouer. Elle est aujourd'hui prête à endosser la responsabilité, portée jusqu'ici par les Nations Unies, d'une présence civile au Kosovo. Endosser ce rôle de manière efficace et adéquate constituera, pour l'Union, un test de sa capacité de gestion de crise.
Il peut, à terme, être judicieux d'évaluer et de développer la capacité de gestion de crise de l'Union. Ceci apparaît très nettement dans le domaine de la mise sur pied de forces destinées aux actions de gestion de crise - civiles comme militaires. Une spécialisation accrue des États membres pourrait constituer une alternative future. Il peut y avoir lieu, lorsque la constitution de forces destinées à des opérations ne relève plus d'un seul État membre mais de l'ensemble de l'Union, d'en accroître l'efficacité en répartissant les tâches. La mise en place, à terme, d'une Union dans laquelle les différents États membres se spécialiseraient sur différentes tâches et contribueraient de manière récurrente à certains types de compétences dans les actions engagées, apparaît comme un scénario réaliste.
La Suède a, à la lumière de l'évolution intervenue ces dernières années en matière de politique de sécurité, pris l'initiative d'un débat sur la stratégie de sécurité adoptée par l'Union en 2003 ; stratégie dans laquelle sont définies cinq menaces contre la sécurité européenne : le terrorisme international, les armes de destruction massive, les conflits régionaux, les États en déliquescence et la criminalité organisée. Cette stratégie souligne l'importance d'une action sur un large front - une panoplie de moyens à la fois politiques, économiques, civils et, si besoin est, militaires. Elle met l'accent sur un engagement préventif et sur un « ordre international fondé sur un multilatéralisme efficace ».
Il a été décidé, lors de la réunion du Conseil européen de décembre dernier, de confier au Haut Représentant Javier Solana, la tâche de faire le bilan de la mise en Suvre de cette stratégie ainsi que d'en proposer des améliorations et, le cas échéant, d'y apporter des compléments. L'objectif visé est de passer, après réactualisation, de la SES (Stratégie européenne de sécurité) à une « SES 2.0 ». Il est raisonnable de penser que la dimension sécuritaire que représente le développement des connaissances et des actions de sensibilisation sur les conséquences désastreuses des changements climatiques puisse également figurer dans la « SES 2.0 ». Les améliorations nécessaires au développement de la capacité de l'Union à accomplir des missions de maintien de la paix constituent un autre secteur prioritaire.
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Mesdames et Messieurs, j'en arrive à ma conclusion, dans laquelle je tenterai de résumer mon message en trois points :
Le premier : Cruciale pour notre propre sécurité, la « puissance douce » confère stabilité et développement au voisinage proche de l'Union. C'est un pouvoir unique que nous possédons,, il faut l'utiliser au maximum.
Le second : Loin d'être une menace, la globalisation est une chance ! Il faut la saisir et développer des stratégies intelligentes pour mieux préparer l'Europe.
Le troisième : Continuons de développer notre politique commune de défense et de sécurité. le nouveau traité nous donne des nouveaux outils mais il faut aussi montrer la volonté politique pour avoir une vrai politique étrangère commune.
Je vous remercie de votre attention !
